Interview de Martine Gercault par Nathalie Balacé le 7 mars 2024
Extrait :
Martine, vous aviez une relation très forte avec votre grand-père …🧡
« Souvent, petite fille, j’entendais mon grand-père maternel, Abraham, pieux et mystique, dire en yiddish, « Men ist azoy wie Gott in Frankreich. » (Heureux comme Dieu en France).
Comme de nombreux juifs ashkénazes d’Europe centrale, il avait rêvé à la France républicaine, pays des droits de l’homme et de la culture.
Cette sorte de terre promise idéalisée fut le premier pays qui accorda leur émancipation aux juifs, le 13 novembre 1791.
Malgré Vichy et la Shoah, il demeura indéfectiblement fidèle au pays d’asile qui l’avait accueilli.
J’aimais l’entendre parler.
Sa maîtrise du français laissait encore cependant poindre un léger accent, cet accent si particulier de la langue yiddish assassinée, langue d’un monde perdu, langue, maintenant, presque disparue du monde des vivants au quotidien.
Ma quête spirituelle s’origine de sa présence, mais aussi de son manque. Longtemps durant, j’ai subi son absence comme une blessure indélébile, malgré des parents attentifs et affectueux, fortement stigmatisés par la Shoah.
Je ressentis un abandon quand il partit. Encore maintenant, il me manque et m’apparaît comme un phare.
Si souvent, j’eus désiré lui parler, déambulant à sa recherche.
Ma quête débuta sur cette carence. »
🙏🧡 Merci à Nathalie Balacé pour cette belle interview