Il n’est jamais trop tard pour réinventer sa vie
À tout âge, une vie peut encore s’ouvrir
À tout âge, une vie peut encore s’ouvrir
Il n’y a pas d’âge pour les commencements.
Une question alors s’impose : que vais-je faire de ma vie, désormais ?
Une séparation, un deuil, le départ des enfants, la retraite, ou simplement le sentiment d’être arrivé à un tournant peuvent bouleverser les repères sur lesquels nous nous étions construits.
Mais ce qui s’achève ne signe pas nécessairement une fin. Cela peut aussi ouvrir un espace nouveau : que puis-je encore désirer, créer, entreprendre ?
Puis-je encore aimer ?
À tout âge, quelque chose peut recommencer, autrement.
Lorsque les anciens repères ne suffisent plus, ou qu’ils s’effondrent, une autre question surgit : qui sommes-nous, au-delà des rôles qui nous ont définis ?
Nous avançons longtemps portés par des rôles et des identifications : être l’enfant de quelqu’un, devenir conjoint, parent, exercer un métier, construire une famille, assumer des responsabilités. Ces appartenances nous structurent et donnent une direction à notre existence. Mais certaines s’effacent ou se transforment avec le temps.
Les enfants partent. Une vie professionnelle s’achève. Un couple se défait. Un être aimé disparaît. Le corps lui-même nous rappelle le passage du temps.
Nous ne savons plus qui nous sommes, et sommes confrontés à notre finitude. Alors, peut apparaître ce que l’on nomme communément une crise existentielle.
Au mot « crise « , je préfère celui de » passage « . Car une crise n’est pas seulement ce qui se brise. Elle peut être le moment où une organisation ancienne de soi ne suffit plus.
« Vient un temps où le risque de rester à l’étroit dans un bourgeon est plus douloureux que le risque d’éclore » Anaïs Nin
Qu’avons-nous fait de nos désirs ?
La psychanalyse nous a appris combien le désir est au cœur de la vie psychique. Mais au fil des années, nous pouvons perdre le contact avec lui.
Nous avons répondu aux nécessités de la vie, aux attentes familiales et sociales, aux obligations professionnelles. Nous avons aimé, élevé des enfants, travaillé, accompagné parfois nos propres parents. Nous nous sommes adaptés.
Et puis, un jour, lorsque certaines de ces obligations disparaissent, une question longtemps différée peut revenir :
Quel est mon désir aujourd’hui ?
La réponse n’est pas toujours immédiate et peut se faire attendre.
Certains découvrent, avec inquiétude, qu’ils ne savent plus ce dont ils ont envie.
C’est alors qu’un travail thérapeutique peut prendre tout son sens : non seulement pour comprendre et apaiser ce qui fait souffrir, mais aussi pour retrouver ce qui, en nous, est encore vivant.
Se réinventer ne signifie pas effacer son histoire
Il ne s’agit pas de recommencer sa vie comme si ce qui avait précédé n’avait jamais existé. Nous sommes constitués par notre histoire, nos amours, nos blessures, nos choix, nos renoncements, nos fidélités et parfois nos erreurs.
Se réinventer consiste plutôt à ne plus considérer son histoire comme un destin déjà écrit.
Nous pouvons relire autrement ce que nous avons vécu, reconnaître certaines répétitions, nous dégager de fidélités qui nous entravent, abandonner des représentations de nous-mêmes qui appartiennent davantage au passé qu’au présent.
Ce travail permet parfois de retrouver des parts de soi longtemps laissées en sommeil, mais aussi d’ouvrir un champ de possibilités que nous n’aurions jamais envisagées.
Et l’amour ?
L’amour occupe une place particulière dans cette possibilité de réouverture.
Il existe encore une représentation selon laquelle les grandes histoires d’amour appartiendraient à la jeunesse et qu’avec l’âge, il faudrait se satisfaire de ce qui est acquis ou accepter une forme de retrait affectif. Être raisonnable !
Mais pourquoi ?
Le désir d’aimer et d’être aimé n’a pas d’âge.
On peut rencontrer quelqu’un à cinquante, soixante, soixante-dix ans ou davantage, et être bouleversé par cette rencontre. Peut-être même aime-t-on autrement lorsque l’on a traversé de nombreuses années de vie : avec moins d’illusions, parfois, mais aussi avec une conscience plus aiguë de la valeur du temps, de la présence et de la tendresse.
Aimer à nouveau exige une disponibilité intérieure : accepter de quitter les protections construites après une séparation, un deuil ou une déception. Accepter aussi d’être surpris, vulnérable.
Car toute rencontre véritable nous confronte à l’inconnu, à l’altérité, à ce qui échappe à notre contrôle.
Retrouver la capacité de s’émerveiller
Se réinventer ne signifie pas nécessairement changer radicalement d’existence.
Cela peut commencer simplement, légèrement : reprendre une activité abandonnée. Découvrir quelque chose que l’on s’interdisait d’apprendre. Peindre. Danser. Voyager. Écrire. Élargir son champ de rencontres. Explorer un autre rapport à son corps. S’autoriser un projet longtemps repoussé.
Ou simplement modifier son regard sur ce qui nous entoure. Non pas au sens d’une pensée magique qui nierait les difficultés, les pertes ou le passage du temps.
Le réenchantement dont je parle suppose, au contraire, d’avoir suffisamment regardé le réel pour ne plus avoir besoin de le fuir. Se réenchanter, c’est retrouver la capacité d’être touché, surpris, curieux.
C’est pouvoir se dire : quelque chose que je ne soupçonne pas peut encore m’arriver.
Accompagner les passages de vie
Psychologue clinicienne, psychanalyste et psychothérapeute depuis plus de quarante ans, j’ai souvent rencontré des femmes et des hommes arrivés à ces carrefours de leur existence.
Ils arrivent souvent à mon cabinet avec une souffrance, une sentiment de vide ou le sentiment d’avoir perdu leur place. Mais derrière cette souffrance, apparaît souvent une autre question : comment continuer à vivre selon un mode qui ait du sens pour moi ?
La parole et l’écoute psychanalytique permettent de comprendre l’histoire qui nous a façonnés, les conflits qui nous habitent et les répétitions qui peuvent nous entraver.
Mon parcours m’a conduite à ouvrir ma pratique à d’autres approches faisant intervenir, lorsque cela est pertinent, le corps, le souffle, le mouvement, la création ou les états d’expansion de conscience.
Car certains passages ne demandent pas seulement à être compris. Ils demandent parfois à être traversés et vécus.
L’enjeu n’est pas de devenir quelqu’un d’autre. Il est peut-être, au contraire, de devenir plus profondément soi-même : retrouver ce qui avait été oublié, faire une place à ce qui n’avait encore jamais pu advenir, remettre du désir là où l’existence semblait s’être figée.
Nous ne pouvons pas arrêter le temps.
Mais nous pouvons continuer à être en mouvement.
Nous pouvons encore aimer. Créer. Désirer. Rencontrer. Être surpris. Commencer.
Il n’est jamais trop tard pour réinventer sa vie.
À tout âge, une vie peut encore s’ouvrir.

L’amour n’a pas d’âge