La psychanalyse
À l’écoute de l’inconscient
À l’écoute de l’inconscient
« Wo Es war, soll Ich werden »
« Là où était le Ça, le Moi doit advenir »
Sigmund Freud, 1932.
Pourquoi répétons-nous des situations qui nous font souffrir ?
Pourquoi certaines difficultés persistent-elles alors même que nous croyons les avoir comprises ?
Pourquoi le changement est-il parfois si difficile ?
À la fin du XIXᵉ siècle, Sigmund Freud ouvre une voie entièrement nouvelle dans la compréhension de l’être humain en faisant de l’inconscient le fondement de la psychanalyse. Il démontre que notre vie psychique ne se limite pas au conscient. Une part invisible de nous-mêmes continue d’orienter, à notre insu, nos émotions, nos comportements, nos choix et nos relations.
Comment s’exprime l’inconscient
L’inconscient n’est pas abstrait. Les rêves, les lapsus, les actes manqués, les symptômes, mais aussi certaines répétitions qui traversent notre existence sont autant de manifestations de l’inconscient. Il nous appartient d’en écouter le langage. Quelque chose cherche à se dire.
Cette découverte demeure aujourd’hui au cœur de toute démarche psychanalytique.
Derrière une souffrance, un symptôme ou un conflit intérieur se cache une histoire singulière. Le travail analytique n’a pas pour vocation d’imposer une interprétation. Il accompagne chacun dans la découverte du sens qui est le sien.
L’inconscient ne se dévoile jamais immédiatement. Il se laisse approcher progressivement, au fil des associations d’idées, des rêves, des émotions, des silences et de tout ce qui se déploie dans la relation thérapeutique.
Le travail analytique ne cherche donc pas seulement à faire disparaître un symptôme. Il cherche à en comprendre le sens afin que ce qui demeurait jusque-là inconscient puisse devenir pensable. C’est dans cette levée du refoulement que s’engage une véritable transformation psychique.
Une rencontre humaine avant d’être une méthode
La psychanalyse est souvent présentée comme une thérapie par la parole. C’est vrai, mais réducteur. Elle est bien plus que cela.
Elle est avant tout la rencontre de deux sujets qui s’engagent ensemble dans un travail d’exploration de la vie psychique. Le patient vient avec son histoire, ses souffrances, ses questions, mais aussi avec ses ressources. Le psychanalyste accueille cette parole avec une écoute attentive, une absence totale de jugement, dans le respect absolu du rythme de chacun. Cette écoute ne se limite pas aux mots. Elle est attentive aux silences, aux émotions, aux rêves, aux hésitations, aux lapsus, aux associations d’idées, aux images, mais aussi à tout ce qui se joue dans la relation thérapeutique.
Au fil des séances, des liens se tissent. Ce qui semblait jusque-là confus devient plus lisible. Certaines répétitions prennent sens. Une souffrance ancienne peut enfin être entendue autrement. Freud a nommé « transfert » ce mouvement par lequel des attentes, des peurs, des blessures anciennes, mais aussi des élans de confiance, viennent se rejouer dans la relation avec le psychanalyste, qui devient alors le support de projections, d’attentes et de mouvements affectifs souvent très anciens.
Loin d’être un obstacle, le transfert constitue l’un des moteurs de la cure. Ce qui se répétait jusque-là à l’insu du patient peut alors être reconnu, compris, élaboré et progressivement transformé.
Le cadre, le rythme et le temps de la cure
La rencontre analytique s’inscrit dans un cadre suffisamment stable et sécurisant pour que puissent émerger des affects, des souvenirs et des conflits jusque-là refoulés.
La régularité, la fréquence et le rythme des séances créent une continuité indispensable au travail psychique. D’une séance à l’autre, les associations se poursuivent, les souvenirs se relient, les émotions trouvent progressivement leur place.
Le travail psychique se poursuit entre les séances.
Une psychanalyse s’inscrit dans la durée. Non parce qu’elle est lente, mais parce que les transformations profondes ne se décrètent pas. Elles demandent du temps pour être reconnues, élaborées et intégrées.
La durée d’une cure ne peut être fixée à l’avance. Elle dépend de l’histoire du patient, de sa demande, de ses difficultés et du chemin à parcourir.
La psychanalyse n’est ni une succession de conseils ni l’application d’une méthode standardisée. Elle ouvre un espace où chacun peut, à son rythme, donner sens à son histoire, retrouver ses ressources et devenir plus libre.
Après plus de quarante années de pratique, je continue d’apprendre de chaque rencontre. Mes patients sont mes plus grands enseignants. Ils nourrissent chaque jour ma réflexion et me rappellent que, derrière les blessures les plus profondes, se cachent souvent des ressources insoupçonnées et une extraordinaire capacité de transformation.
L’être humain est toujours plus vaste que les théories qui cherchent à le décrire.
Une pensée vivante
Depuis Freud, la psychanalyse n’a jamais cessé d’évoluer.
Les travaux de Sándor Ferenczi sur le traumatisme, de John Bowlby sur l’attachement et de Donald W. Winnicott sur les premières relations ont profondément enrichi notre compréhension de la vie psychique et de la relation thérapeutique. C’est dans cet esprit d’ouverture et de recherche que s’inscrit mon parcours. Au fil de plus de quatre décennies d’exercice clinique, j’ai été naturellement conduite à élargir mon cadre de réflexion et mon accompagnement, sans jamais renoncer à ce qui constitue le cœur de la psychanalyse : l’écoute de l’inconscient. Je vous invite à découvrir cette démarche dans la page suivante, consacrée à la psychanalyse élargie.
La psychanalyse élargie
Je me suis formée à la psychanalyse dans sa tradition la plus classique, et elle demeure le socle de mon travail clinique. Cependant, en plus de quarante années d’exercice, les pathologies ont évolué et les demandes des patients ne sont plus les mêmes qu’au début de ma pratique.
Notre société a profondément changé, les structures familiales, les repères éducatifs, les liens sociaux, le rapport au temps, au corps et à l’image de soi sont profondément transformés. La clinique ne peut rester figée lorsque le monde se transforme.
Aujourd’hui, les traumatismes précoces, les troubles de l’attachement, les états de stress post-traumatique, les violences psychiques, les crises identitaires, existentielles ou la perte de sens occupent aujourd’hui une place croissante dans la clinique. Nombre de ces souffrances s’enracinent dans des expériences très précoces, parfois antérieures à l’apparition du langage.
Si la psychanalyse demeure, à mes yeux, un outil d’une richesse incomparable pour écouter l’inconscient, certaines expériences humaines ne peuvent être pleinement approchées par la seule parole. Il ne s’agit pas de la remplacer, mais de lui permettre de répondre aux réalités cliniques de notre époque.
C’est cette démarche que je nomme la psychanalyse élargie.
Les états d’expansion de conscience : une autre voie d’accès à l’inconscient
La rencontre la plus déterminante de mon parcours fut celle avec le Dr Stanislav Grof, psychiatre américain d’origine tchèque, cofondateur de la psychologie transpersonnelle et créateur de la respiration holotropique, auprès duquel je me suis formée aux États-Unis il y a plus de quarante ans. Ses travaux ont profondément transformé ma compréhension de la psyché et ont ouvert un champ de recherche qui continue aujourd’hui encore de nourrir ma pratique clinique.
À travers le modèle des matrices périnatales fondamentales, Stanislav Grof montre que notre histoire psychique commence bien avant l’apparition du langage. La gestation, la naissance et les premiers instants de la vie peuvent laisser une empreinte durable dans notre monde intérieur. Le nouveau-né n’arrive pas au monde tabula rasa. Il porte déjà une mémoire faite de sensations, d’émotions et de vécus qui demeurent souvent inaccessibles à une approche exclusivement verbale.
Les états d’expansion de conscience permettent d’accéder à ces mémoires profondes, et révèlent que l’inconscient ne s’exprime pas uniquement par le langage, il parle aussi à travers le corps, les sensations, les images, les symboles et les rêves.
J’aime parfois comparer cette exploration à une traversée du miroir : aller au-delà du visible pour rencontrer des territoires plus profonds de la psyché.
Une palette thérapeutique au service de la singularité de chacun
Les états d’expansion de conscience occupent aujourd’hui une place essentielle dans mon approche. Sans se soustraire à la psychanalyse, ils en prolongent le mouvement lorsque la clinique le justifie.
Selon le patient, son histoire et sa structure, l’accompagnement peut également s’appuyer sur différentes médiations thérapeutiques : la respiration holotropique, l’EMDR, l’hypnose, les sons thérapeutiques, la musicothérapie, mais aussi l’art-thérapie ou encore l’approche psycho-chamanique.
Ces approches ne sont pas une juxtaposition de techniques. Elles s’inscrivent dans une même démarche clinique, choisie avec discernement en fonction du sujet.
Parce que chaque être humain est unique, aucun accompagnement ne peut être standardisé.
Au fil des années, j’ai appris qu’aucune méthode ne peut répondre à elle seule à la complexité de l’être humain. Mon rôle n’est pas d’appliquer un protocole, mais de choisir, avec rigueur et justesse, l’approche la plus pertinente pour chaque personne, à chaque étape de son cheminement.
Une même exigence clinique
La psychanalyse élargie n’est pas une nouvelle école. Elle est née d’une conviction : l’inconscient demeure au cœur de toute transformation psychique, mais les chemins qui y conduisent sont multiples.
Cette démarche est exposée dans mes ouvrages.
Une psy parle aux esprits, Mama Éditions 2019, préfacé par le Dr Stanislav Grof et postfacé par Sandra Ingerman, réédité en poche en avril 2026 sous le titre Une psy aux frontières de la conscience. Souffle, art et métamorphose, Le Lotus & l’Éléphant, enrichi d’un chapitre inédit le Pinceau Chamane®.
Depuis plus de quarante ans, je poursuis cette exploration avec la même exigence clinique, la même liberté de pensée et la même confiance dans les capacités de transformation de l’être humain.
Car l’inconscient demeure, à mes yeux, l’un des plus extraordinaires chemins de connaissance de soi.
